vendredi 1er juin 2012
 

Eluvium - Similes

(2010)

Les artistes sont des gens contrariés, on le sait. Et ce sont souvent les plus déments, les plus paranoïaques, les plus angoissés, les plus dépressifs d’entre eux qui sont capables de nous offrir des disques parmi les plus fondamentaux. Mais les gens introvertis, discrets, ceux qu’on n’entend pas, là-bas, au fond de la classe, en train de griffonner sur leur cahier sans avoir l’air d’y toucher, ont aussi leur mot à dire et leur musique à jouer. Matthew Cooper, alias Eluvium, fait davantage partie de cette dernière catégorie. Sa musique, électro ambiante, drone teintée de post-rock, est celle d’un artiste qui n’exacerbe pas sa psyché. Douce, mélancolique, rêveuse, construite avec un sens de la finesse et de la subtilité qui nous change de ces êtres torturés qui veulent être absolument certains que leur message est bien passé, elle nous invite à un voyage intérieur dont la préhension ne dépendra que de notre humeur du moment.

Tournant important dans la carrière de Cooper, cet album marque l’arrivée dans son univers sonore du chant et des percussions. Ceux-ci se fondent dans les acquis et les bases de la musique d’Eluvium sans les bouleverser, mais en les étoffant et en renouvelant une palette qui aurait pu commencer à se ternir si elle avait continué à ne s’en tenir qu’aux textures et aux nappes de clavier éthérées.

Plaisir égoïste par définition, Similes est de ces albums qui ne se partagent pas. Il ne s’appréciera qu’en solitaire, dans un environnement parfaitement silencieux, et de préférence dans le noir. A défaut d’avoir réuni ces conditions, on aura vite fait de considérer cet album comme linéaire, et dépourvu de coups d’éclats, ce qui constituerait un jugement compréhensible, mais un poil hâtif et surfait.