
(2010)
Ouh quel joyeux bordel que voilà ! Alors thé bouillant, vinasse, bière ou absinthe, il y en a pour tous les goûts dans ce quatrième album des bretons de l’Electric Bazar Cie. Bon d’accord, ça reste du rock. Parce qu’il y a de la guitare électrique, m’sieur. Mais quoi, comme rock ? C’est énergique comme du punk mais trop maîtrisé pour ça. C’est balancé comme du boogie ou du rockabilly, mais ça ne sonne pas suffisamment vintage (quoique…). C’est du rock engagé parfois, mais le groupe n’en fais pas une affaire d’état et ne sacrifie jamais l’essentiel (musique, chant, texte) au profit des intentions. Mais ça n’a parfois rien de rock du tout. C’est de la musique de souk, avec de la guitare électrique, en fait. Alors, forcément, dans le souk, on se ballade, on flâne, on s’arrête ici et là, on tâte, on se fait racoler, on se fait berner, on tombe sur la grosse occase, et on rentre chez soi dépaysé et vachement content.
L’alternance du chant en français et anglais participe à ce ballotage incessant, mais au final, on revient plus facilement vers les chansons en français, qui donnent à déguster des textes savoureux. Je ne suis pas le bienvenu n’est pas que cette chanson engagée qui dénonce le racisme de comptoir et les préjugés habituels, elle est surtout une chanson foutrement rythmée au texte hilarant et superbement tourné. Certainement une des plus belles choses proposées, avec On s’ennuie, qui nous confirme que Etienne Grass a bien une voix du genre d’Arno, s’il avait appris à articuler. Et mourir, bien sûr, avec son texte à se rouler par terre. Car c’est là le talent du groupe : la gestion des chocs frontaux entre sujets « graves », « sérieux » et traitement complètement barré, entre rock de gens propres sur eux et ambiance de bazar, entre accordéon et mandoline.
On l’a sous-entendu, tout n’est pas génial dans cette galette. Comment cela se pourrait-il ? C’est l’essence même d’un disque de ce type de ne pas être uniforme et guidé par de confortables rails. Mais même si on ne raffole pas forcément d’un Welcome in 2009 ou d’un Struck by a millionnaire (lesquels ne sont pourtant jamais dénués de tout intérêt, loin s’en faut), on reste branché en permanence sur le disque, conquis par son ambiance décousue et sa joyeuseté dominante.
