vendredi 1er juin 2012
 
 
 

Dune

Cryo Interactive, PC (1992)

C’est en 1992 que Cryo Interactive offrit à un monde médusé ce qui devint rapidement un classique du jeu vidéo : Dune, adapté du roman de SF de Frank Herbert.

Le joueur interprète Paul Atréides, fils du Duc Leto Atréides, envoyé sur la planète Arrakis, plus connue sous le nom de Dune, afin d’extraire l’Epice, la substance la plus précieuse de l’univers. Mais la famille ennemie des Atréides, les Harkonnens, est également présente sur Dune, et une bataille féroce entre ces deux clans éclatera bientôt, dont l’issue dépendra essentiellement de la capacité de Paul Atréides à rallier les Fremens, habitants d’Arrakis.

Considéré comme le premier jeu de stratégie militaire en temps réel de l’histoire, Dune frappa les imaginations de par l’ambiance unique qu’il parvint à dégager. Par son histoire, tout d’abord, inspirée d’un classique de la SF et qui brasse une multitude d’aspects et de thématiques, de l’initiation à la guerre en passant par la romance et la découverte d’un nouveau monde. Par ses graphismes ambitieux (pour l’époque, hein…) inscrits dans toutes les mémoires (qui a pu oublier les vers des sables ?). Et par sa musique, surtout, impérissable et magnifique, constituée d’une petite dizaine de thèmes arabisants qui n’étaient pas sans évoquer un certain Jean-Michel Jarre des grands jours.

Bien entendu, le temps a fait se craqueler le vernis de l’enchantement primitif. Le jeu est finalement assez court, et il devient rapidement répétitif : la première partie consiste à se balader de sietch en sietch pour convaincre les Fremens de travailler pour soi (et pour les convaincre, il suffisait de cliquer sur la phrase proposée : « veux-tu travailler pour moi ? ») et la deuxième partie se limite à envoyer une troupe espionner une forteresse et à envoyer les renforts une fois qu’on savait combien de troupes ennemies occupaient les lieux. Il offrait en outre peu de variations dans la manière de mener à bien sa quête, si bien qu’une fois qu’on l’avait fini deux ou trois fois, il n’y avait plus vraiment de raison, autre que le plaisir de profiter de l’histoire et des musiques, d’y revenir. Et pourtant, le coup de tonnerre qu’il déclencha dans le milieu du jeu de stratégie fut tel que Dune conserve aujourd’hui encore son aura de patriarche et de référence ultime.

Comment oublier en effet le plaisir ressenti lors des heures passées à étudier les différentes cartes stratégiques mises à notre disposition, à visiter chaque sietch, la fierté à découvrir des endroits non recensés sur les cartes, le frisson d’assister aux premières batailles des troupes que l’on a entraînées, le plaisir à arnaquer un contrebandier en lui commandant plusieurs ornithoptères qu’on ne paiera finalement jamais, la méfiance que nous inspirait l’empereur Shaddam IV et la mauvaise foi avec laquelle on lui envoyait l’épice demandé, l’aboutissement de l’initiation que constituait la faculté de communiquer mentalement avec les Fremens, etc. ? C’est la répétition de ce genre de moments cultes qui permit à Dune d’accéder à son statut envié et qui permit d’oublier les quelques défauts inhérents que n’importe quel pisse-froid pourrait reprocher à tout jeu étant le premier de son genre.

Bien évidemment, le schéma classique de tout précurseur peut être appliqué à Dune : une concurrence qui atomisa le modèle d’un point de vue technique, mais qui n’atteignit jamais ce degré de poésie et de magie (et ce y compris pour Lost Eden, de la même équipe et construit peu ou prou à partir de la même charpente scénaristique), une inévitable suite (sauf que pour une fois, la suite vaut bien l’original, car se démarquant fondamentalement des origines pour proposer quelque chose de vraiment neuf), et un culte grandissant dans toute la sphère des gamers.

C’est toute une page de l’histoire du divertissement qui s’est écrite là.