
(2009)
Allez zou ! Nouvelle fournée pour Dream Theater. La dixième, qui fait suite à une série d’albums plutôt mitigés : le controversé Train of Thought, le plutôt bien reçu Octavarium (mais dont je n’ai personnellement pas raffolé), et Systematic Chaos, accueilli tièdement (mais que j’ai en fait beaucoup aimé). Mais bon, Dream Theater restant Dream Theater, on acquiert quand même sans l’ombre d’une hésitation l’édition triple, avec l’album, son mix instrumental, et la compile de reprises.
Chose étonnante, j’étais plus impatient de découvrir l’album de reprises. Ce n’est pas la première fois que les New-Yorkais nous font le coup. Sur A change of season, outre l’épique, la flamboyante, la magistrale chanson-titre, on avait quand même droit à une série de reprises pas toujours convaincantes (La Brie qui nous chante du Led Zep, ça le fait pas du tout). Ici, c’est la grosse baffe. Le disque s’ouvre sur Stargazer, peut-être le meilleur morceau de Rainbow, et qui a probablement défini avec quelques autres toute une partie de ce que le metal et le metal prog ont engendré depuis vingt ans. La reprise est énorme (sans pour autant parvenir à faire oublier l’inusable originale). La production est gigantesque, l’interprétation ne trahit pas l’originale, du grand art. On s’amuse déjà à constater la différence de jeu entre Ritchie Blackmore et John Petrucci : là où le premier préfère étirer longuement ses cordes pour renforcer l’émotion et le côté épique dans ses solos, le second préfère jouer une cinquantaine de notes. La suite de l’album (6 titres pour quarante-cinq minutes) est du même acabit avec des reprises pétaradantes notamment de Queen et Iron Maiden. Bref, ce disque mérite presque à lui seul l’achat.
On est un beauf, ou on ne l’est pas : le deuxième disque écouté est le mix instrumental. Rien de particulier contre La Brie, au contraire, j’ai toujours trouvé injustifiées les critiques incessantes dont il a fait l’objet depuis son incorporation au combo. C’est juste que… boarf, c’était l’occasion, quoi… Résultat ? A écouter au casque, c’est fatigant. A taper en fond sonore pas trop fort, c’est plus passe-partout que l’album normal. Bizarre, hein ? ‘me demandez pas d’explication complémentaire, merci. La présence de ce disque dans le package tient plus du gadget, mais c’est sympa. A écouter une ou deux fois à l’occasion, mais ça ne vaut pas un album de Liquid Tension Experiment.
Et puis il y a l’album. L’artwork est familier, typique du groupe, on sent qu’on va nager en terrain connu. L’ouverture est classique, avec petite mélodie, suivie d’une grosse claque et d’un riff tonitruant. Le tout un poil plus sombre que d’habitude cependant. A nightmare to remember est une bonne grosse pièce de metal-prog bien balancée, ultra-technique. L’album contient également une pièce définitivement géniale dans son style, une ballade obligatoire, un hommage au père du batteur Mike Portnoy, un morceau gigantesque et la conclusion à la série de titres consacrés au terrible combat contre le fléau de l’alcoolisme. Comme d’habitude, on pointera l’incapacité de Dream Theater à faire jaillir une véritable émotion. The best of times, hommage d’un fils à son défunt père, est larmoyant avec son violon qui en fait des tonnes, et puis se contente d’enchaîner les plans habituels du groupe. A côté de ça, on ne pourra que s’extasier devant la beauté formelle du disque, et certains passages à tomber par terre. Mention spéciale au conclusif The Count of Tuscany, la pièce de vingt minutes qui confirme le récent retour du groupe pour l’heroic-fantasy (ils avaient déjà tâté du conte fantastique sur leur tout premier album avec The killing hand avant de mettre leurs tolkienneries en veilleuse jusqu’au diptyque qui ouvrait et concluait leur dernier album).
Tout est tranquille, donc, pour Dream Theater qui fait ce qu’il a l’habitude de faire. Le panache n’y est pas forcément, mais le professionnalisme, le talent et la volonté de se donner sont indéniables. L’album n’est pas un de leur meilleur, il n’est pas non plus un album que l’on peut qualifier de mineur.
Et c’est ici que les Romains s’empoignèrent : trois sur cinq ou quatre sur cinq ? On va dire trois pour l’album simple, mais quatre avec l’album de reprises.
