
Neil Bloodkamp (2009)
District 9 était un pari audacieux de la part du réalisateur sud-africain Neil Bloodkamp et de son parrain dans l’aventure, Peter Jackson. Inspiré par le court-métrage Alive in Joburg du même Bloodkamp, District 9 avait pour modeste ambition de faire la nique aux grosses machineries SF d’Hollywood, avec un budget – 30 millions de $ - à peine suffisant pour payer une ou deux vedettes dans les dites machineries. Un fameux pari donc qui, s’il ne s’est pas écrasé sur le mur de la réalité, n’en a pas moins échoué à rester ferme dans ses positions jusqu’à la fin.
Il y a 20 ans, un énorme vaisseau sphérique se positionne au-dessus de Johannesburg, Independence day style. A l’intérieur, aucune force d’invasion mais un million d’Aliens affaiblis et crevant la dalle. Fidèle à leur tradition d’hospitalité, les Sud-Africains s’empressent de parquer toutes les « Crevettes » dans un ghetto à quelques encablures de leur capitale, tandis que leur vaisseau reste bêtement là, en vol stationnaire. Vingt ans plus tard, les Crevettes sont toujours là à vivoter dans des conditions déplorables : elles sont deux fois plus nombreuses et vendent leur technologie inutilisable à des gangsters nigérians en échange de la bouffe pour chat dont elles sont friandes. En attendant, les frictions sont de plus en plus fréquentes et violentes avec les indigènes humains, les Crevettes étant bien évidemment affublées de tous les maux, de la propagation de maladies au cannibalisme d’enfants. C’est à ce moment qu’entre en scène une autre tradition humaine très vivace : déplacer les problèmes qu’on ne peut résoudre, par exemple en relocalisant les bestioles à deux cent bornes de là, en plein désert. Le MNU, organisme chargé de la gestion et, accessoirement, de l’exploitation des Crevettes, confie la lourde tâche de manager l’aspect administratif du projet à l’employé Wikus van der Merwe, un brave type à l’intellect limité et à la capacité d’initiative proche du néant.
Bon, jusque là, District 9 n’a pas l’air bien différent de n’importe quel autre film d’anticipation futuriste. Si le choix de l’Afrique du sud comme cadre géographique n’est pas anodin, il reste cependant un peu trop prévisible pour s’imposer comma un réel plus. La spécificité de District 9 réside dans le point de vue qu’il adopte : plutôt que de s’engager dans une lutte perdue d’avance avec ses rivaux mieux équipés en effets spéciaux, Bloodkamp prend le parti de présenter son sujet comme un reportage, alternant prises de vue live dans le ghetto, interviews des proches et opinions des sociologues, démographes, pontes de la MNU ou membres du gouvernement. Le spectateur assiste ainsi à la mission de ce brave Wikus, tout rengorgé de pouvoir écrire l’histoire en faisant du porte-à-porte dans le township alien pour tenter de faire signer aux bestioles leur propre avis d’expulsion. Il est également convié à participer à la joie des parents, pas peu fiers de leur progéniture et à la petite fête préparée par les collègues de bureau, tandis qu’experts civils et militaires apportent leur éclairage sur les différentes manières d’analyser la situation. En serait-il resté là que District 9 se serait imposé comme l’une des meilleures réalisations SF de ces dernières années. Mais à écouter parler tous ces brasseurs d’air, on comprend bien vite que quelque chose a merdé durant la mission de Wikus. Et c’est à ce moment là aussi que le film merde, quelque part.
Comprenons nous bien : District 9 ne verse jamais dans la nullité. On peut même dire que les 30 millions de dollars ont été judicieusement utilisés vu la bonne tenue générale de la baston finale entre militaires, crevettes, robots-mecha et seigneurs de la guerre du ghetto, qui n’est pas évoquer celle de La chute du faucon noir. Avec un brin de persiflage, on jugera tout de même que le climax tombe dans les pires travers du manichéisme hollywoodien, tandis que certaines ficelles demeurent un peu pataudes (« Oh que c’est mignon un bébé Crevette »). Mais alors, ou est le problème ? Tout bêtement dans le fait qu’après avoir eu l’impression durant une heure d’assister à une micro-révolution comparable à celle de Blair Witch Project pour le film d’épouvante, on replonge sans transition dans un classicisme absolu. Pas de quoi faire de District 9 un échec cinglant, d’autant plus qu’il s’agit d’un classicisme de bonne facture. N’empêche que c’est rageant.
