
James Wan (2007)
On peut dire qu’il était attendu, ce deuxième film de James Wan, auteur du très bon Saw (mais si, il est très bon, oubliez les suites et oubliez le buzz, ne regardez que le film) à bénéficier d’une distribution correcte (’z’avez vu passer Dead silence, vous ?). Et pour ce deuxième essai apte à toucher un large public, on pouvait tout autant craindre le pire qu’espérer le meilleur. On pouvait craindre que, une fois les portes d’Hollywood grandes ouvertes, le jeune réalisateur ne se noie dans les compromis et se cantonne à un rôle de faiseur de films à trouille, on pouvait craindre de découvrir que ce petit génie du cinéma fait avec des bouts de ficelle n’avait rien d’un auteur et n’était en fait qu’un petit débrouillard qui a brûlé toutes ses cartouches au premier feu. Mais on pouvait aussi espérer que les quelques défauts de jeunesse inhérents à un premier métrage, en particulier un métrage pour lequel il ne disposait d’aucun gros entourage, allaient être gommés pour permettre l’éclosion d’un film parfaitement emballé du début à la fin. On pouvait espérer que les sommes que les producteurs étaient désormais prêts à miser sur lui allaient lui permettre de concrétiser toutes ses idées.
Le projet, dès le début, rend très bien. Une banale histoire de vengeance (tirée d’un roman de Brian Garfield, auteur du Death Wish adapté par Michael Winner en 1974 avec Charles Bronson). La vie d’un digne représentant de la middle-upper class bascule dans l’horreur quand son fils se fait tuer sous ses yeux. Devant l’inefficacité de la justice, notre bonhomme va chercher à se venger. C’est dans les vieilles casseroles que l’on fait les meilleures soupes, et un scénario simple, sans fioriture, est souvent le support idéal pour permettre à un réalisateur de montrer de quoi il est capable. Le sang appelant le sang, le cauchemar ne fera qu’empirer. Et avec l’ami Kevin Bacon, la gueule la plus carrée du cinéma, devant la caméra, ça en devient tout bonnement excitant.
Mais voilà. Si Wan mène parfaitement sa barque pendant une bonne heure et demie (la durée que le film n’aurait pas dû excéder), le dernier acte sombre dans le grotesque et le too much. Kevin Bacon est parfait dans son rôle, la tension va croissant, l’horreur est ressentie jusque dans ses tripes par le spectateur pourtant habitué à ce genre d’histoire, les quelques inutiles scènes d’action sont parfaitement intégrées et réalisées. Et puis boum ! Un monologue sirupeux dans un hôpital, un regard agressif et déterminé naissant, une promenade sous la pluie avec filtre bleu et musique martiale, et voilà notre monsieur tout-le-monde métamorphosé en gangsta killa. Une petite scène rigolote montrant qu’il ne sait pas comment charger son flingue, et puis le voilà qui débarque dans l’antre des bad guys et les dézingue tous les uns après les autres, chacun de ses tirs ou presque faisant mouche. Et puis ce dialogue énôôôrme avec le boss de fin de niveau : « tu t’es vu ? Tu ressembles à l’un d’entre nous ». Comme quoi, si l’Australien Wan a retenu une leçon en débarquant aux States, c’est qu’il fallait surligner au Stabilo tous les enjeux de son film pour être sûr que le teen de base comprenne bien de quoi il s’agit entre une bouchée de pop-corn et un SMS à envoyer. Plus qu’une faute à pointer et pardonner, c’est carrément un gâchis pour l’ensemble du film.
Véritable gâchis parce qu’on se sentait bluffé jusque là. Par le traitement de l’histoire, tout d’abord. Les habituels râleurs bien-pensants crieront à l’apologie de la violence et de l’auto-justice. M’est avis qu’il ne faut pas avoir toutes ses frites dans le même paquet pour soutenir ce genre de thèse quand on voit ce qu’il reste de Kevin Bacon et de sa famille à la fin du film… Alors évidemment, la justice est inopérante et mal foutue. Bien entendu, les méchants sont vraiment méchants et on frôle le niveau zéro de la nuance (ils sont jeunes, la boule à zéro et tatoués). Et en plus la soupe est froide. Mais le film ne prétendait pas dénoncer un système, mais dresser un portrait d’un homme confronté à ses choix. Et là, du moins avant le dernier acte, c’était superbe. On se sentait bluffé par la réalisation en tant que telle, ensuite. Le côté trash qui avait marqué dans Saw est toujours là, et contribue à un surplus de violence (graphique notamment). Quelques clins d’œil amusants (mais un poil prétentieux), comme ce masque de Jigsaw tagué sur un mur sont là pour donner corps à la filmographie de Wan, et la direction d’acteurs est correcte (Kevin Bacon ne joue jamais mal, et les méchants, pour tout caricaturaux qu’ils soient, ne tombent pas dans le cabotinage). Mais c’est dans une scène d’action haletante que le réalisateur donne le meilleur de lui-même. Poursuivi, Kevin Bacon fuit dans des ruelles étroites et finit dans un parking où débute un jeu de chat et de la souris. Suivant son personnage, la caméra (à l’épaule) devient de plus en plus instable au fur et à mesure que le fuyard halète et s’épuise, sans non plus basculer dans un grand secoué de caméra qui rendrait l’action illisible. Véritablement, on se sent happé dans cette scène et l’implication est totale, le spectateur renâclant presque et cherchant une échappatoire en même temps que son anti-héros. Si la fin avait été menée dans le même esprit, on aurait vraiment pu crier à la réussite totale.
On attendra donc encore un ou deux films avant de se décider sur le sort qu’on réservera à James Wan. Ce Death Sentence est bon, mais il aurait pu (dû ?) être meilleur. Dans l’état actuel des choses, avec ce final il aurait presque pu être réalisé par un quelconque yes-man sans qu’on s’en rende vraiment compte. On sent toutefois régulièrement au long de la première partie du film que le jeune homme a ce petit quelque chose au fond de lui pour générer une filmographie qui aurait du sens. On tiendra donc la sentence en suspens encore quelque temps.
