vendredi 1er juin 2012
 

Call of Duty : World at war

Activision, PC (2008)

Son prédécesseur Modern Warfare avait apporté un sérieux coup de frais à cette célèbre série qui était en train, lentement mais sûrement, de sombrer dans les mêmes plans routiniers que celle des Medal of Honor. Situé dans le contexte de la guerre contre le terrorisme, Modern warfare avait l’immense mérite de faire découvrir des environnements en phase avec l’actualité, d’offrir un large panel de nouvelles pétoires ultra-modernes et surtout, de présenter quelques-unes de ces séquences époustouflantes qui sont devenues la signature de la série, comme l’attaque héliportée contre Bagd...euh, un ville fictive du Moyen-Orient ou encore, l’opération de sniping dans les rues de Pripyet, une ville désertée aux abords de la centrale de Tchernobyl. C’est donc avec une certaine surprise, voire une légère déception, qu’on appréhende ce nouvel opus, qui renoue avec les chemins à présent bien balisés de la seconde guerre mondiale. Le joueur suivra cette fois les pérégrinations du trouffion Miller et du trouffion Petrenko durant une bonne partie du conflit. Première constatation : pour la première fois dans un Call of Duty, la campagne du côté américain se déroulera intégralement dans le Pacifique. Miller commencera son parcours lors du raid sur l’atoll Makin et participera ensuite aux batailles de Peleliu et d’Okinawa. Quant à Petrenko, il émergera d’une pile de cadavres dans les ruines de Stalingrad afin de traquer le haut-gradé allemand en charge des exécutions de masse dans la métropole de la Volga. On le retrouvera ensuite aux abords de Berlin, puis dans les ruines mêmes de la capitale allemande où il contribuera à porter l’estocade finale au Reich agonisant.

Histoire de faire oublier son cadre historique usé jusqu’à la corde, World at war mise avant tout sur la dualité des deux campagnes : traditionnelle et urbaine du côté russe, tropicale et typée "guérilla" pour les opérations dans le Pacifique. Cependant, il est clair que sur le fond, les FPS "Seconde guerre mondiale" éprouvent aujourd’hui des difficultés majeures à se renouveler. Stalingrad et Berlin semblent être devenus les seuls champs de bataille dignes de ce nom du théâtre des opérations européen. La bataille de chars - qui se déroule cette fois dans la cambrousse brandebourgeoise - est devenue une séquence incontournable mais, en dehors du côté libérateur qu’il y a à canonner la moindre fermette teutonne et à écraser les fantassins de la Wermarcht, on ne note plus vraiment d’évolutions marquantes dans ce domaine. Enfin, on aurait bien aimé clôturer World at war autrement qu’en plantant le drapeau rouge au sommet du Reichstag, séquence d’ailleurs déjà utilisée dans le premier épisode de la série.

Face aux Japonais, le type de gameplay ne surprendra que ceux qui n’ont jamais pratiqué le déjà ancien Medal of Honor : Pacific Assault. Si tel est votre cas, vous pouvez oublier le côté pragmatique du militaire germain, qui met consciencieusement en application les techniques apprises à l’école militaire et évite autant que possible de se ramasser une balle dans la caboche. Le soldat standard de l’Empire du Soleil Levant est un fanatique qui n’hésite pas à foncer baïonnette au clair sous le feu des Démocraties (les fameuses "attaques-banzaï"). Fourbe comme tout Oriental qui se respecte, il aime également se planquer dans les arbres pour sniper le soldat ricain imprudent, et n’hésite pas à faire le mort pour mieux se faire sauter à la grenade dès qu’un ennemi s’approche de lui. En dehors de la surprise et de l’excitation provoquées par ces adversaires au comportement imprévisible, ces missions deviennent assez rapidement lassantes. Un constat un peu difficile à expliquer, mais c’était après tout déjà le cas dans Pacific Assault. Une explication pourrait être que d’une part, le côté historiquement suicidaire des troupes japonaises permet de masquer les failles d’une I.A. assez piteuse selon les standards actuels et que d’autre part, pour ce qui est du sentiment d’oppression généré par une jungle où le danger peut surgir de chaque buisson, un jeu comme Vietcong reste définitivement inégalable.

A part ça, ce quatrième épisode colle au plus près à l’esprit de la série, à savoir qu’il s’agit toujours d’un FPS dirigiste et lourdement scripté, mais d’une tel niveau technique et d’un tel réalisme qu’on parvient sans peine à s’imaginer être réellement plongé dans la boucherie de 40-45. World at war apporte son lot de petites nouveautés qu’on pourrait juger anodines mais qui, additionnées les unes aux autres, contribuent à renforcer le sentiment d’immersion : pour n’en citer que quelques-unes, les véhicules sont tous différents, même au niveau des taches de rouille ; les ennemis n’ont jamais disposé d’autant de "visages" différents ; il est possible de renvoyer les grenades en les attrapant au vol et à condition de disposer d’une bonne installation, le son a fait l’objet de soins très minutieux, notamment en ce qui concerne le rendu des sons selon leur distance et la provenance. World at war a également pris le parti de représenter la guerre de façon bien plus crue - et donc réaliste - que dans les opus précédents. Ainsi, le joueur normalement constitué encourra quelques risques de défaillance cardiaque lorsqu’un fantassin japonais l’embrochera sur sa baïonnette en hurlant à pleins poumons et qu’il ne disposera que d’une fraction de seconde pour lui planter son couteau dans la carotide. Du côté russe, c’est encore pire : vous passerez l’essentiel de la partie sous les aboiements d’un officier politique d’une germanophobie délirante, et devrez à certaines reprises décider ou non de liquider des prisonniers qui se sont rendus. Bref, s’il est bien quelque chose qu’on ne pourra pas reprocher à ce nouveau spécimen de seconde guerre mondiale virtuelle, c’est de ne pas avoir mis les petits plats dans les grand pour en flanquer plein la vue au joueur. Si le plaisir est malgré tout au rendez-vous, il s’agit cependant d’un plaisir de courte durée puisque boucler Call of Duty V en mode de difficulté normal est l’affaire d’une journée de jeu assidue. Comme d’habitude, il reste le multi pour rentabiliser l’achat... mais cela ne devrait tout de même pas justifier le manque de consistance et de durée du jeu solo.