vendredi 1er juin 2012
 

Braindead

Peter Jackson (1992)

La Nouvelle-Zélande, ses paysages fantastiques, son équipe de rugbymen barbares, ses kiwis, ses moutons (on y reviendra bientôt, à ceux-là)…et ses films d’horreur cultes, dont quelques uns des plus brillants spécimens furent l’œuvre d’un ingénieux bricoleur encore peu connu à l’époque et qui répondait au nom de…Peter Jackson. C’est dans cette partie de sa filmographie quelque peu éclipsée par les blockbusters actuels qui lui sont confiés qu’on déniche l’un des plus formidables films de genre de tous les temps, un délire total qui a poussé le Zombie-movie dans ses derniers retranchements et a depuis lors ravi des générations d’amateurs de gore et d’humour au treizième degré : le magnifique, magique et féérique Braindead.

Pas de produits chimiques recyclés ou de vieux cimetière maori pour réanimer les morts ici : on entre directement dans le décalage crétin avec la morsure d’un curieux « singe-rat de Sumatra » qui inocule des enzymes zombies à une vieille peau acariâtre. Dès les premières victimes dans le voisinage – petites frappes, prêtre et infirmière à domicile, son fils Lionel décide de capturer la nouvelle tribu de morts-vivants et de les garder prisonniers dans sa cave, mais il ne peut empêcher l’infirmière et le prêtre zombie de copuler, donnant ainsi le jour à un adorable nouveau-mort-né zombie. Convaincu par sa fiancée espagnole de se débarrasser des créatures, Lionel intervertit par mégarde poison et fortifiant, transformant les inoffensifs galopins putréfiés en cannibales destructeurs. Ce doit être à ce moment qu’arrivent dans l’histoire plusieurs citernes de sang artificiel, un convoi entier de faux membres sectionnés et d’organes en caoutchouc, et une tondeuse à gazon pour régler définitivement ce foutu problème de zombies.

S’il fallait donner décerner un prix au film le plus culte de tous les temps, Braindead sera incontestablement bien placé dans la course. Il est également souvent considéré comme le film le plus gore de tous les temps et, compte tenu de sa dernière demi-heure, cette réputation n’est sans doute pas usurpée. Que les âmes sensibles soient rassurées : on parle ici de ce gore mégalo et débilissime qui a fait les plus belles heures du cinéma d’exploitation des années 70 et du cinéma d’horreur des années 80, celui dont les excès et la stupidité cosmique éliminent par avance toute possibilité de considérer l’affaire avec sérieux. La prestation lamentable des acteurs - pour la forme, signalons que l’acteur principal n’avait jamais vu le moindre film d’horreur, et que sa partenaire féminine était hématophobe – ajoute encore un peu de sel à l’humour très Tex Avery qui règne sans partage sur le film. Loin de traumatiser qui que ce soit, Braindead suscitera surtout de franches parties de rigolade chez les amateurs d’humour consanguin, qui atteindront sans nul doute le nirvana à travers quelques scènes d’anthologie dont il est difficile de se remettre. Citons pour mémoire le combat du prêtre contre les voyous (« I kick ass in the name of Lord »), la promenade au parc du bébé-zombie suivie de son tabassage en règle par son père adoptif, et la fréquente apparition de sphincters péteurs sur des carcasses humaines fraîchement écorchées.

Il est donc particulièrement ardu de ne pas se marrer franchement devant cet étalage de barbaque et de stupidité jouissive. Comme expliqué plus haut, le grotesque affiché avec aplomb en toutes circonstances par Braindead réclame du spectateur quelques pré-requis de base, comme le fait d’être à même de hurler de rire face à un tel étalage gratuit de violence et de sang, ainsi qu’une propension à considérer les trucages les plus ringards comme une démonstration de génie décalé. Mais à considérer ces deux éléments positivement, Braindead s’impose sans difficultés comme un des plus grands chefs d’oeuvre de série B de ces 20 dernières années !