
James Cameron (2009)
A force d’entendre parler de révolution, on en devient conservateur et réactionnaire. C’est donc avec une certaine dose de méfiance qu’on aborde Avatar, "LE film qui va tout révolutionner", "LE chef-d’œuvre ultime de ces dernières années", et j’en passe. Les responsables communication sont en tout cas les premiers à mériter des félicitations, tant leur produit a suscité des attentes à un niveau rarement atteint dans l’histoire récente. La seule parade logique à cette avalanche d’effets d’annonce était de les considérer avec un cynisme raisonné : on en aurait presque souhaité qu’Avatar soit un gros flop, histoire de démontrer que le marketing à outrance pouvait lui aussi subir les foudres d’une justice universelle ! Et pourtant, non, mille fois non, ce mauvais esprit n’avait aucune raison d’être puisque Avatar ne trahit aucun des espoirs placés en lui. Entendons-nous bien : en terme de scénario, Avatar n’apportera rien de neuf à l’histoire du cinéma. On y découvre pêle-mêle des influences clairement établies du côté de Danse avec les loups, Pocahontas, La Forêt d’émeraude, Braveheart ou encore Le Dernier samouraï, le tout injectées dans une vaste synthèse du cinéma de science-fiction moderne. Mais justement, ces influences restent des influences et jamais on ne pourra prendre James Cameron en flagrant délit de plagiat. Alors qu’il y avait toutes les raisons de redouter qu’Avatar ne soit qu’un récit médiocre au service exclusif d’une technologie de pointe, le film parvient, dans toutes ses dimensions, à se montrer au minimum équivalent a chacun de ses modèles avoués. Le principe de l’approche d’une civilisation supposément "barbare", le parcours initiatique qui en découle pour aboutir à la compréhension et la défense de la dite culture contre sa propre espèce est tout sauf un concept novateur mais il est présenté ici dans un contexte totalement original - il s’agit sans doute du meilleur univers expressément créé pour le cinéma depuis Star Wars - et avec un brio et un souffle épique tels qu’ils font instantanément taire toute critique.
Un autre écueil qui me faisait redouter la sortie de ce blockbuster mondialisateur tenait à ces deux tendances lourdes dans le cinéma d’aujourd’hui : le moralisme écologique et le quota standard de délire christique. Mais là aussi, Avatar tire brillamment son épingle du jeu. Le message écolo est limpide mais sous-jacent et implicite, et n’est jamais lourdement asséné au spectateur. Quant à la seconde tendance, elle est tout simplement absente, Avatar ayant même tendance à favoriser une notion d’harmonie animiste au détriment de l’adhésion à la Loi théorique et aux certitudes "d’Espèce élue" typiques de l’humanité. Au niveau du fond, Avatar, tout blockbuster hollywoodien qu’il soit, est bel et bien LE film de l’année. Au niveau technique, le constat est identique : Avatar renvoie prestement Transformers 2, G.I. Joe et autres joyeusetés mononeuronales a leur chères études. Enfin, il serait difficile de clore cette chronique sans mentionner l’apport de la 3D à l’impact visuel du film : face a un univers aussi richement élaboré que celui-ci, la perception en 3 dimensions fait intrinsèquement partie du ressenti de cette grandiose épopée galactico-fantasy (et lui confère peut-être davantage de lustre et de profondeur qu’il n’en mérite réellement !). Chaque plante, chaque bestiole (qui sont elles aussi conçues avec un souci évident de la cohérence biologique), chaque séquence dotée d’un tant soi peu d’impact visuel en devient tout simplement magique : il est difficile de se persuader qu’on est toujours dans une salle de cinéma et non pas dans les jungles de Pandora, volant à dos d’ikran aux côtes des Na’vi. Ce sentiment d’immersion totale n’aurait d’ailleurs pas été totalement possible si la mise en scène ou l’environnement avaient souffert d’imperfections ou de maladresses. Mauvaise foi et côté chicaneur oblige, j’ai passé la première demi-heure de projection à chercher le défaut de la cuirasse, mais en vain : Avatar est bien LE film de l’année, et le classicisme de son intrigue se voit amplement comblé par la magnificence du spectacle que James Cameron a su nous offrir. Chapeau bas, triple chapeau bas.
