vendredi 1er juin 2012
 

Arjen Lucassen’s Guilt Machine : On this perfect day

(2009)

Tout ce que j’ai pu lire au sujet de cet album m’a fait doucement marrer. Aussi me devais-je de rapporter à notre estimé lectorat la vérité vraie sur ce disque.

Arjen Lucassen est un homme de rencontre. Tantôt ratées (le projet Star One avec Dickinson, stupidement avorté), tantôt miraculeuses (quelqu’un s’est-il remis des duos entre Anneke Van Giersbergen et Jonas Renske sur le dernier disque de Ayreon ?). Il ne pouvait en être autrement de ce nouveau projet, Guilt Machine, qui prend toutefois le contrepied immédiat de la superproduction prog de Ayreon, avec son line-up réduit à l’extrême. Et en terme de rencontre, ce disque est aussi surprenant que passionnant, puisqu’il voit Arjen Lucassen appliquer son désormais traditionnel metal-prog, accompagné au chant de Jasper Steverlinck, chanteur belge du groupe pop-rock Arid, conseillé à Lucassen par des fans belges sur son site. Et ce sont les commentaires autour de cette rencontre qui me font rigoler dans les quelques poils qui constituent ma barbe…

Car d’un côté, nous avons les métalleux pur jus, grands fans de Lucassen devant l’éternel, qui qualifient tous le susnommé Jasper « d’illustre inconnu ». Et tous de souiller leur slip devant la voix étincelante du p’tit belge, tombeur de gamines par excellence. Et de l’autre côté, nous avons ceux qui connaissent Arid (beaucoup de Belges), qui s’étonnent de voir le bellâtre aller tâter du metal prog (terme que le chanteur connaissait à peine), parce que le terme « metal », c’est sale, comme nous le rappellent certains commentaires entendus ici et là. Et pourtant, pour toute esgourde familiarisée au rock un chouïa plus dur que U2, Guilt Machine est clairement du basse tension. C’est dire si le cloisonnement entre les genres est encore bien imprégné dans les mentalités, quoique nous ayons pu en penser…

Car votre serviteur, pour tout consensuel qu’il puisse s’être imaginé, fait partie de cette espèce, qu’il ne peut que déclarer rare, de fans de Ayreon ET de Arid. Pour Arid, le commentaire sera pourtant plus nuancé, car autant la voix du Jasper a toujours fait l’objet de ma part des plus grands éloges, autant je n’ai jamais pu cacher ma réticence devant la fainéantise des compositions easy-listening du groupe. Le chanteur a toujours l’air trop à l’aise, et on n’attendait du groupe que des compositions qui le mettent en danger, qui lui donnent l’occasion de donner la pleine mesure de son talent. Hé bé, ce que le groupe belge n’a jamais réussi à accomplir, Arjen Lucassen l’a fait… Si Steverlinck n’est pas un chanteur de metal-prog par définition, sa voix et son chant ont tout ce qu’il faut pour assurer en termes d’émotions, de changements de rythmes et d’intonation, de puissance. Le Belge a souvent été comparé à Freddie Mercury et ce n’est pas pour rien. Et donc, si l’admirateur de Jasper est aux anges de voir cette voix enfin aux services de compositions dignes de ce nom, le fan de Lucassen n’est pas non plus en reste. Autant être clair, ce disque n’est pas du niveau phénoménal de la dernière livrée de Ayreon (à propos de laquelle Lucassen se permet même quelques réserves… il n’a pas écouté son disque, lui ?), mais il est quand même d’un niveau qu’on n’entend pas tous les jours. Si certains plans sont clairement tirés de certains disques passés, ils développent une ambiance nostalgique et mélancolique qui en ravira plus d’un.

Ce disque ayant clairement été édité pour me plaire, notons que le batteur en charge de la rythmique n’est autre que Chris Maitland, ancien batteur de Porcupine Tree dont l’absence me pèse, personnellement, toujours douloureusement… Un homme de rencontre, qu’on vous disait, le Lucassen…

Allez les metalleux, faites-vous plaisir, offrez-vous un superbe disque de metal-prog et découvrez un chanteur exceptionnel. Et allez, les fans d’Arid, faites-vous plaisir, offrez-vous le disque qui vous offrira la meilleure (je n’exagère pas) prestation de Jasper Steverlinck et initiez-vous à un genre qui en a à revendre...