vendredi 1er juin 2012
 

Arctic Plateau - On a sad sunny day

(2009)

Mouvement ayant explosé à la fin des années 90, porté qu’il fût à cette époque par ses fers de lance Mogwai et Godspeed You Black Emperor, le post-rock avait tout d’une alternative indie-bobo au mouvement grunge qui rendait déjà l’âme. Authenticité, émotion, destruction sauvage de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une convention musicale, inspiration puisée majoritairement dans le krautrock, le progressif et les années 70 de manière générale. En plus, ces groupes restaient confidentiels. Autant dire que le post-rock était le messie des esthètes et des auto-assurés de leur bon goût.

Et puis boum ! Mode passée. Grands albums raréfiés. Fans déserteurs. Porte-étendards splittés. Modèle de composition et de fonctionnement calqué et imité à n’en plus pouvoir. La résistance s’est néanmoins organisée afin de pérenniser un genre qui avait encore beaucoup à offrir. Que ce soit par l’entremise d’un groupe comme Sigur Ròs, que l’on peut certainement considérer comme le groupe le plus populaire de post-rock, ou des side-projects des membres de feu-Godspeed (HRSTA, A Silver Mt-Zion, etc.) qui explorent des pistes ouvertes par leur aîné, ou encore de l’explosion du post-core, les musiques déstructurées, les compositions architecturales et les ambiances post-apocalyptiques ont encore de beaux jours devant elles.

Pour preuve ce premier album parfaitement maîtrisé des Italiens de Arctic Plateau (en fait le projet solo de Gianluca Divirgilio, accompagné de musiciens de studio), magistrale envolée lyrique et épique à destination de tout amateur d’ambiances cotonneuses. Mais pas seulement. Déjà, le compositeur adopte un format un poil plus pop que ses illustres prédécesseurs. Les chansons sont plus courtes (et plus nombreuses), le chant occupe une place importante, et le tempo est relativement plus soutenu. On notera même quelques violentes poussées d’adrénaline portées par une voix qui se permet de hurler comme sur un album de death metal, le temps de quelques secondes impromptues, surprenantes, mais véritablement scotchantes. A part ça, la guitare navigue entre blues floydien et eaux cristallines héritées de Explosions in the sky.

L’album est très accessible pour du post-rock, ne sombre jamais dans un délire bruitiste conceptuel qui ne prend que si on est à fond dedans, et contient quelques fulgurances qui mettront tout le monde d’accord (Coldream, à couper le souffle, Amethyst to #F, et son onirique chant introductif).

Gianluca Divirgilio considère ce projet comme son alter ego, ce qui lui permet de chanter à la première personne « I am so inspired by the sadness that I feel I have found the joy », jolie accroche qui résume parfaitement les délices contradictoires que nous offre un artiste qu’on espère pouvoir suivre encore longtemps.