vendredi 1er juin 2012
 

Arctic Monkeys - Humbug

(2009)

Pour le dernier buzz persistant d’Angleterre, c’est l’heure de l’épreuve du feu. Il se dit souvent, dans les milieux autorisés, que le virage le plus délicat à négocier est celui du second album, celui qui fait la différence entre une fulgurance sans lendemain et un groupe éventuellement promis à un avenir intéressant. Ce constat est tout à fait exact mais le passage au troisième opus n’en est pas moins lui aussi terriblement casse-gueule. Nombreuses sont les formations qui, après avoir fait l’unanimité pour le premier jet et tenu leur rang pour le second, ont subitement livré un troisième disque insipide, soit que l’inspiration se soit tarie, soit que les intéressés tournaient en roue libre, incapables ou peu désireux de tenter le renouvellement. On pensera par exemple à Oasis et, plus près de nous, à Franz Ferdinand. Franz Ferdinand avec le parcours desquels il est difficile de ne pas tracer un parallèle car, si l’approche des Ecossais est plus globalisante et si les Monkeys possèdent un côté do it yourself nettement plus canaille, les deux formations figurent sans conteste parmi les plus formidables pourvoyeurs de singles à prise rapide de ces dix dernières années. Take me out pour l’un, I bet you look good on the dancefloor pour l’autre : que du bonheur dont la diffusion en heavy rotation n’a que peu entamé l’intérêt et la géniale simplicité, ce qui est rare. Du moins ce constat était-il valable jusqu’à l’année dernière, lorsque l’Archiduc sortit le miteux Tonight, dont les quelques chipotages électro ne parvenaient pas à masquer le tragique manque d’inspiration. Un malheur n’arrivant jamais seul, on était en droit d’appréhender le retour des Arctic Monkeys. Fort heureusement, les petits singes se sont adroitement débrouillés pour esquiver la chausse-trape de la redite dispensable.

Pour commencer, nulle trace de ces fameux singles décapants qui constituaient jusqu’ici leur marque de fabrique. De l’énergie, ce n’est pourtant pas ce qui manque sur Humbug : le surexcité Pretty visitor par exemple, Dangerous animals et son refrain épelé ou encore, Potion approaching et ses discrètes réminiscences du Very ape de Nirvana. Pourtant, on ne peut pas parler de continuité, ni dans le style, ni dans l’esprit. Aucun de ces titres ne frappe l’esprit comme avaient pu le faire les moments forts des deux précédents albums. Perte de gniaque ? Que nenni : ce n’est qu’au fil des écoutes qu’on comprend être face à des titres pop-rock très finement travaillés, dont la discrète complexité leur interdit par principe toute prétention au rang d’incontournable radiophonique. En témoigne ce Dance little liar, auquel on prête à peine attention lors de la première écoute, mais qui s’impose rapidement comme le meilleur titre de la nouvelle galette. Les chansons plus douces, elles aussi, se démarquent du tout-venant. Généralement mélancoliques et doucement lugubres, elles baissent le masque rapidement et, en lieu et place de complaintes apparentées au travail de The Coral, on découvre quelques unes des ballades les plus maîtrisées dont la pop anglaise ait accouché ces dernières années. Incontestablement, la progression d’Alex Turner et de ses sbires, individuellement et en tant que groupe, est aussi magistrale qu’inattendue. Le groupe joue à vrai dire à un jeu assez risqué mais qui devrait se révéler, au final, payant. Plutôt que de livrer le matériel attendu et s’exposer ainsi aux critiques relatives à une éventuelle baisse de régime, les Arctic Monkeys préfèrent opérer un retrait stratégique loin de la sphère du buzz et du single qui tue. Au risque de décevoir ceux qui ne leur prêtent qu’une oreille distraite mais avec l’objectif avoué d’accomplir leur métamorphose avec calme et recul et d’assurer ainsi, sereinement, leur pérennité.