
Pete Travis (2008)
Attention, film-concept ! Un même événement, une même séquence événementielle se déroulant dans un lieu quasi-clos est relatée du point de vue de plusieurs protagonistes différents, chaque protagoniste apportant sa pièce permettant de reconstituer le puzzle global. Ce n’est pas ultra-neuf, mais ce genre d’exercice est suffisamment rare au cinéma que pour être apprécié à sa juste valeur. De manière générale, deux éléments sont absolument indispensables pour transformer l’essai : la précision du scénario et le montage. Angles d’attaque, sans être honteux, ne parvient toutefois pas à se hisser au-dessus du niveau du divertissement passe-partout couplé à un exercice de style vain et saccagé dans sa dernière partie.
Pourtant, tout commençait bien. Le premier angle d’attaque est celui de l’équipe de journalistes. Le spectateur est donc relégué à son juste rang de témoin des événements qui assiste sans rien comprendre à un attentat contre le Président des Etats-Unis venus célébrer une nouvelle alliance antiterroriste. Cela commence même d’autant mieux que l’image déplorable des USA hors de leur territoire n’est en rien occultée, pas plus que l’attitude cynique et manipulatrice des médias vis-à-vis de cet anti-américanisme (l’honneur US est tout de même sauf, le président s’avérant au final être un chic type incompris). Bonne mise en bouche, donc, mais qui sert de falaise depuis laquelle le métrage va dégringoler.
Le montage, pour commencer, n’est pas fameux. Les flash-back qui servent de transition pour nous ramener au début de la séquence constituent une solution trop facile. Par ailleurs, le petit chronomètre qui marque par ailleurs le début de chaque nouvelle séquence lorgne de manière trop évidente (comme de nombreux autres aspects du film, dont notamment le recours à des cliffhangers à la fin de certaines séquences) sur 24h. Dernier écueil par rapport au montage : la lassitude de voir et revoir certains plans n’est pas évitée. Dès le troisième ou quatrième « angle d’attaque », on en a ras-le-bol de voir le président s’effondrer, ras-le-bol de voir la scène exploser, ras-le-bol de voir ce rideau bouger…
Quant au scénario… que dire ? Encore un attentat terroriste contre le Président. A moins qu’il ne s’agisse d’une subtile mise en abyme pour faire écho au principe de la répétition qui est la base du film, le moins que l’on puisse dire, sans la moindre once d’ironie, est que ça sent le déjà-vu de bout en bout. Les trente-six retournements de situation, rebondissements, trahisons et autres complots ne nous surprennent pas, ne nous intéressent pas, ne nous impliquent pas, et semblent tous pompés sur une célèbre série déjà citée et qui a fait des attentats terroristes contre le président son fond de commerce. De plus, le scénario s’avère incapable de tenir jusqu’à la fin les fondements mêmes de la mise en boîte du film : les angles différents et l’unité de lieu. En effet, durant la dernière demi-heure, on a droit à une séquence unique qui déballe tous les tenants et aboutissants du film, sans être narrée du point de vue d’un personnage en particulier. Juste un bête téléfilm avec course poursuite, fusillade, attentat, morceau de bravoure, trompette et tambours, et coïncidences insultantes pour le spectateur (le garde du corps qui poursuivait un faux suspect sauve le président parce que le véhicule dans lequel il était enfermé a un accident juste devant lui). C’est au cours de cette séquence que l’on se rend compte que tous les points de vue relatés auparavant étaient inutiles, car on ne met pas le spectateur en position de comprendre par lui-même. On lui montre ce qu’il doit voir pour ne pas avoir envie d’arrêter le film, mais on ne voudrait pas le contraindre à se torturer les méninges. Enfin, dernière erreur de conception : briser l’unité de lieu. Ben oui, c’est con, mais c’est le genre de truc qui vous casse une ambiance et un concept.
Le réalisateur… pardon… les producteurs rétorqueront certainement qu’ils n’avaient d’autre ambition que de faire du divertissement, et pas de faire les malins avec concept tortueux et contraintes intellectuelles qui sonneraient un peu trop « cinéma d’art et d’essai ». Ca, c’est clair que c’est distrayant (même si on aurait eu du mal à tenir plus de l’heure et vingt minutes que dure le film), surtout avec ce casting quatre étoiles (Dennis Quaid, Forest Whitaker, Sigourney Weaver, William Hurt, Bruce McGill, Eduardo Noriega, Matthew Fox). Mais contrairement à d’autres films-concept comme Usual Suspects, Sixième sens ou Memento, Angles d’attaque ne gagne pas à être revu, justement parce qu’il ne va pas au bout de son pitch.
