
Ridley Scott (2007)
Attention, ici on a du lourd. Ridley Scott derrière la caméra. Denzel Washington, Russell Crowe mais également Josh Brolin, Cuba Gooding Jr et Ted Levine devant. Une épopée criminelle sur fond de chronique de l’Amérique des années Viêt-Nam. D’avance on sent venir la grosse machinerie hollywoodienne, mais celle de l’âge d’or, celle qui met ses moyens et son professionnalisme au service d’histoires passionnantes (et pourtant inspirées d’événements réels), de personnages flamboyants et d’ambiances magnifiées. D’avance, on sent également venir le « film à oscar », un poil académique, un brin pompeux et classieux, le genre de film qui flatte l’égo du cinéphile du dimanche, tout bravache à l’idée de déclarer avoir trouvé passionnant ce film de plus de deux heures trente que tout ado accroc aux blockbusters aura trouvé chiant.
L’histoire est donc celle de l’ascension de Frank Lucas dans le milieu de la drogue et de sa traque par l’inspecteur Richie Roberts. On suit avec intérêt, mais sans passion réelle, le franchissement des différents paliers de la réussite par Denzel Washington, impeccable, dans sa quête de fortune et de pouvoir. On pense énormément à la trilogie du Parrain pour le développement de ces thématiques familiales et son désir de rédemption. On pense également souvent aux œuvres de Martin Scorsese, mais était-ce évitable dès lors qu’il s’agit d’un film sur la mafia se déroulant à New-York ? On suit avec le même intérêt et la même absence de passion l’histoire du tout aussi parfait Russell Crowe, flic intègre qui refuse les pots de vin (qui a dit Serpico ?), mais foire complètement sa vie de famille (qui a dit… pfiou, la liste est trop longue). Entre une petite escapade au Viêt-Nam, les règlements de compte en pleine rue, les alliances qui se font et se défont dans des clubs ou des villas, des petites pauses au tribunal, des discussions et réflexions au poste de police devant un tableau empli de photos, on navigue en terrain connu. Mais la réalisation sans faille, précise et dynamique, de même que l’interprétation irréprochable empêchent le spectateur d’envisager de zapper ne serait-ce qu’une seule seconde. Elles ne le convaincront toutefois pas d’appuyer sur « pause » le temps d’aller se chercher une bière.
Un petit regret, néanmoins, c’est de constater à quelle vitesse, et au prix de quelles ellipses Scott parvient à boucler son long métrage, éludant ou se contentant de survoler certains aspects parmi les plus originaux et les plus intéressants de l’histoire, alors qu’il s’est appesanti sur des points qui frisaient le lieu commun auparavant. Ainsi on aurait aimé en savoir plus sur l’alliance nouée entre Lucas et Roberts. On aurait aimé assister à ce moment invraisemblable voyant le flic reconverti au barreau devenir l’avocat du truand repenti. Mais ces éléments méritant à eux seuls un film, on ne peut décemment reprocher à Ridley Scott d’avoir opéré des choix, notamment celui d’avoir opté pour une exploration en profondeur de certaines thématiques plutôt qu’un développement superficiel de trop d’aspects du récit, ce qui aurait rendu celui-ci imbuvable et inintéressant. Des choix nécessaires, donc, mais peut-être pas ceux pour lesquels on aurait aimé voir le réalisateur opter. Un assez bon film, donc, mais peut-être pas aussi bon que celui qu’on aurait été en droit d’attendre.
