
Jan Kounen (2007)
Frédéric Beigbeder possède ses détracteurs, c’est indéniable. D’autant plus qu’à étaler complaisamment de livre en livre ses pathétiques émois de yuppie cocaïnomane sans même songer à se renouveler, l’homme est aujourd’hui très loin de constituer une quelconque figure de proue de la littérature française actuelle. N’empêche qu’à sa sortie voici déjà 8 ans, 99 Francs s’était quand même imposé comme un très chouette bouquin. Pas une bible, pas un chef d’œuvre à graver dans le marbre, mais un traité caustique et souvent férocement drôle sur l’univers ô combien superficiel de la publicité. Et également un bouquin assez décousu et bordélique, dont on n’aurait pas spontanément imaginé la transposition sur grand écran.
99 francs, c’est donc l’histoire d’Octave, le créatif artistique ultime de chez Rosse & Witchcraft, l’homme qui détermine vos futurs besoins et se débrouille pour les démoder sitôt ceux-ci assouvis. Jouisseur, immature et amoral, c’est un salopard vrai de vrai, qui noie promptement dans la cocaïne ses rares éclairs de lucidité. Pourtant, entre deux rails de poudre, une histoire sentimentale qui tourne mal et un projet foireux pour une célèbre marque de yaourt, Octave va finir par fondre un plomb, remettre tout en question et chercher désespérément à se faire virer, en essayant au passage de saboter, à son échelle, la structure dont il était le laquais semi-consentant. C’est à ce niveau qu’on notera la principale nuance de fond entre le roman et le film de Jan Kounen. Là où l’écrit restait cynique et fataliste de bout en bout, le film offre une possibilité théorique de rédemption à Octave, par le tour de passe-passe d’une fin alternative #2. Du coup, ce foutu salopard se voit bizarrement doté d’une aura altruiste de guérillero anti-système, à peine temporisée par l’inéluctabilité de la conclusion #1.
Voilà pour la principale déception qui pourrait survenir chez ceux qui ont a à cœur la fidélité à l’esprit d’une œuvre écrite (faut avouer aussi que ça change aussi pas mal de choses au niveau de la réflexion qu’on peut en retirer). Car pour le reste, Jan Kounen signe un film hyper-kinétique rempli jusqu’à la gueule de trouvailles visuelles : séquences en forme de dessin animé hystérique, hilarant mauvais trip de publicitaire, références christiques ou encore, confrontation à travers le miroir du véritable Beigbeder et de son alter-égo dujardinesque. Faute de respecter scrupuleusement la lettre et l’esprit du récit, Kounen parvient à l’occasion à dépasser ce dernier au moyen de séquences jouissives (la vision « internationale » de la rupture, par exemple). Si le propos reste fondamentalement glauque, 99 francs offre suffisamment de surprises et d’humour noir pour qu’on ne songe jamais à regarder sa montre, n’en déplaise à ceux qui s’était offusqués de retrouver Dujardin dans un registre un peu plus trash qu’à l’ordinaire. Jan Kounen se tire en tout cas haut la main de ce défi pas forcément évident et, malgré un visuel typé vidéo-clip qui peut lasser, propose un film survolté et globalement réussi.
